PATHOLOGIES THORACIQUES

Suspicion de masses thoraciques

Exploration d’un épanchement thoracique sur une chienne Labrador

Anamnèse :

Chienne Labrador de 6 ans venue au scanner pour l’exploration d’un épanchement péricardique et thoracique diagnostiqués après examen radiographique et ponction. Suspicion d’une masse thoracique en sus. Le vétérinaire référant demande un scanner thoracique.

Résultats :

Des coupes du thorax acquises dans le plan transverse avant et après injection intraveineuse de produit de contraste iodé sont disponibles pour interprétation.
On note une quantité importante de matériel d’atténuation de tissus mous hyporehaussant accumulée en portion déclive de l’espace pleural qui représente de l’épanchement. Le médiastin crânial est fortement élargi par une volumineuse masse très hétérogène d’atténuation de tissu mou rehaussant de façon hétérogène qui présente des contours irréguliers lobulés et mesure jusqu’à 9,3 cm de haut, 7,4 cm de large et 14 cm de long. Elle est située sur l’aire des noeuds lymphatiques sternaux et médiastinaux crâniaux qui ne peuvent en être discernés avec certitude et sont probablement compris en son sein. Cette masse se prolonge suivant un long cordon tubulaire s’étendant caudalement jusqu’en région trachéobronchique crâniale, impliquant également l’aire de certains des noeuds lymphatiques trachéobronchiques. Les noeuds lymphatiques trachéobronchiques caudalement à la bifurcation trachéobronchique sont visualisés et fortement élargis, présentent une forme arrondie et forment une masse mesurant jusqu’à 3 cm de large pour 2 cm de haut. La masse décrite en région médiastinale crâniale contient en son sein la veine cave crâniale et repousse les autres vaisseaux médiastinaux dorsalement.

Fig.1 : Volumineuse masse médiastinale crâniale contenant en son sein la veine cave crâniale (flèche)

Les lobes pulmonaires sont modérément rétractés secondairement à la présence de l'épanchement pleural et présente des foyers d'augmentation d'atténuation représentant de l'atélectasie. Il n'y a pas d'évidence de nodule pulmonaire tissulaire.

Conclusion :

Cette chienne Labrador présente une masse médiastinale crâniale agressive évoquant un probable processus néoplasique à cellules rondes de type lymphome. Un thymome apparaît moins probable mais ne peut être totalement exclu. Volumineux épanchement pleural, probable exsudat paranéoplasique. Infiltration des noeuds lymphatiques trachéobronchiques. Il n’y a pas de métastase pulmonaire.

Discussion :

Dans ce cas précis, le scanner thoracique confirme la suspicion d’une masse thoracique ainsi que l’épanchement pleural observés à l’examen radiographique. Des ponctions échoguidées de l’épanchement et de la masse médiastinale sont recommandées afin de confirmer la nature exacte de ces lésions.

Fig.2 : Epanchement pleural bilatéral et Lymphadénomégalie trachéobronchiques (têtes de flèches)

Ce que dit la littérature :

Use of Multidetector Computed Tomography in the Assessment of Dogs with Pericardial Effusion

Dans cet article du JVIM, les auteurs ont étudié l’intérêt du scanner dans l’identification de la cause d’un épanchement péricardique. Les causes les plus communes sont les masses cardiaques (hémangiosarcome, chémodectome, mésothéliome, etc), et les péricardites idiopathiques.On peut citer encore les traumatismes, les épanchements congénitaux, ou les causes infectieuses, qui sont beaucoup plus rares. Cette étude a été réalisée entre 2010 et 2011 sur 11 chiens présentant des épanchements péricardiques.Sur 6 des 11 chiens, une tumeur cardiaque a été vue à l’échographie et confirmée au scanner : la vraie valeur ajoutée n’a pas forcément été pour visualiser la masse, mais pour identifier la présence de métastases pulmonaires (et abdominales). Rappelons tout de même que toutes leurs échocardiographies étaient réalisées par des spécialistes, qui ont une sensibilité de 82% dans le diagnostic des masses cardiaques, soit un peu plus que des cliniciens non spécialistes. Dans cette étude, 90% des métastases pulmonaires visibles au scanner ne l’étaient pas à la radiographie ! Cet examen permet donc de trier les candidats potentiels à la péricardectomie. Dans le cadre d’épanchement péricardique, le scanner a donc un triple intérêt : en un seul examen rapide, il nous permet de confirmer un diagnostic, de visualiser précisément l’étendue des lésions, et de faire un bilan d’extension complet thoracique et abdominal (très intéressant notamment pour les suspicions d’hémangiosarcomes).
Scollan, K. F., Bottorff, B., Stieger‐Vanegas, S., Nemanic, S., & Sisson, D. (2015). Use of multidetector computed tomography in the assessment of dogs with pericardial effusion. Journal of veterinary internal medicine, 29(1), 79-87.