PATHOLOGIES THORACIQUES

Evaluation d’affections pulmonaires atypiques

Chien Bouvier Bernois présentant une toux grasse depuis plusieurs semaines

Anamnèse :

Chien Bouvier Bernois de 4 ans, présenté au scanner pour un altération de l’état général se traduisant par un amaigrissement, une hyperthermie évoluant depuis 3 semaines ainsi qu’une toux grasse. Une radiographie thoracique, effectuée par le vétérinaire référant, montre une opacification du lobe pulmonaire médian droit. Le vétérinaire suspecte une hyperthermie maligne dont l’origine pourrait être une histiocytose maligne classique du Bouvier Bernois. Il demande un scanner thoracique et abdominal.

Résultats :

Des coupes du thorax et de l’abdomen acquises dans le plan transverse avant et après injection intraveineuse de produit de contraste iodé sont disponibles pour interprétation.

Fig.1 : Plages d'atténuation de tissu mou en portion ventrale des lobes pulmonaires cranial et moyen droit en reconstruction sagittale.
Thorax :

Le lobe moyen droit présente une plage d'atténuation de tissu mou parcourue de bronchogrammes et des plages d'aspect similaire sont notées en portion ventrale des lobes pulmonaires crâniaux. Ces lobes pulmonaires sont discrètement diminués de volume dans ces régions. Le poumon conserve une architecture normale dans ces régions. Le reste des lobes pulmonaires est correctement aéré et il n'y a pas d'évidence de nodule tissulaire. On note un épaississement des plèvres de l'hémithorax gauche qui forme des scissures interlobaires discrètes. Un discret épaississement de la paroi de la bronche du lobe caudal droit est noté sans comblement de sa lumière. Les noeuds lymphatiques sternaux sont modérément épaissis à 1,2 cm et rehaussent de façon homogène en conservant une forme normale. Les autres noeuds lymphatiques médiastinaux sont sans particularité.

Abdomen :

Les noeuds lymphatiques hépatiques et iliaques médiaux sont modérément épaissis à 1,2 cm et 1,4 cm respectivement. Ils rehaussent de façon homogène en conservant une forme normale.

Fig.2 : Discret épaississement de la paroi bronchitique caudale droite.
Conclusion :

Ce Bouvier présente une infiltration alvéolaire des lobes pulmonaires moyen droit et crâniaux représentant une probable bronchopneumonie infectieuse possiblement secondaire à une fausse déglutition associée à une probable bronchite caudale droite focale et fibrose pleurale réactionnelles. La lymphadénomégalie sus-sternale hépatique et iliaque médiale est probablement réactionnelle et sans cause apparente.

Discussion :

Dans ce cas précis, le scanner thoracique permet de lever la suspicion d’histiocytose maligne et d’orienter le diagnostic vers une bronchopneumonie infectieuse. D’autres examens complémentaires (cytoponction ou lavage bronchoalvéolaire) permettront de confirmer la nature exacte de ces lésions. Un scanner de contrôle, effectué après une antibiothérapie de 2 mois, montre une résolution partielle des lésions de bronchopneumonie du lobe moyen droit et des lobes pulmonaires crâniaux avec persistance de lésions de bronchomalacie et résolution de la lymphadénomégalie hépatique.

Fig.3 : Lésions de bronchopneumonie du lobe moyen droit avec persistance de lésions de bronchomalacie.

Ce que dit la littérature :

USE OF RADIOGRAPHY IN COMBINATION WITH COMPUTED TOMOGRAPHY FOR THE ASSESSMENT OF NONCARDIAC THORACIC DISEASE IN THE DOG AND CAT

Dans cet article de 2005 publié dans Veterinary Radiology and Ultrasound, l’intérêt du scanner thoracique chez 28 chiens et 5 chats qui avaient précédemment eu une radiographie a été étudié, quelle que soit la nature de la lésion. En effet, si la radiographie permet très souvent d’apporter des éléments de réponse, elle n’est pas toujours suffisante pour conclure avec certitude, que ce soit sur la nature de la lésion, ou encore sa localisation. En médecine humaine, le scanner est le moyen d’imagerie clé pour toutes les lésions pulmonaires. Les résultats sont pour le moins probants : le scanner a permis d’apporter de nouvelles informations précisant la nature des lésions chez 5/5 chats, et 21/28 chiens. Un changement de diagnostic a même eu lieu pour 3 des 5 chats et pour 13 des 28 chiens. Le scanner a aussi permis de préciser la localisation des lésions, et leur étendue, ce qui permet d’affiner le pronostic et apporte une réelle valeur ajoutée pour le propriétaire. L’intérêt du scanner est donc très pertinent dans le cas de lésions thoraciques non cardiaques, et permet d’apporter de nouvelles informations nécessaires à la prise en charge du patient, avec un degré de certitude plus satisfaisant qu’avec la radiographie.
Prather, A. B., Berry, C. R., & Thrall, D. E. (2005). Use of radiography in combination with computed tomography for the assessment of noncardiac thoracic disease in the dog and cat. Veterinary Radiology & Ultrasound, 46(2), 114-121.